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Championnat Ivoirien : Le public a fui les stades, comment le faire revenir ?

La Ligue 1 ivoirienne peine à remplir ses stades, malgré les investissements réalisés dans les infrastructures dans le cadre de l’organisation de la CAN 2023. Ce déficit d’attractivité a de nouveau été mis en lumière par les responsables de la Ligue de football professionnel (LFP) Salif Bictogo, à l’occasion du séminaire sur l’héritage de la CAN 2023 tenu, puis le 24 juin 2025 lors d’une conférence de presse au siège de la LPF.

Le constat est préoccupant. Selon le secrétaire exécutif de la LFP, Dié Foknèy, le stade Robert Champroux de Marcory a enregistré seulement 31 237 entrées sur 213 matches durant la saison 2022-2023. À Gagnoa, le stade Biaka Boda a comptabilisé à peine 3 307 spectateurs sur 325 matches. Financièrement, la Ligue 1 Ivoire NAC n’a rapporté que 30,391 millions FCFA sur la même période, un chiffre révélateur du désintérêt croissant du public pour les compétitions locales.

 

Un problème d’ancrage identitaire

Dans son analyse, le président de la LFP, Salif Bictogo, pointe un facteur essentiel : la rupture du lien affectif entre les clubs et leurs bases populaires. « La Ligue 2 draine plus de public que la Ligue 1. Autrefois, les clubs représentaient des régions, des quartiers ou des corporations. Aujourd’hui, ils s’identifient à des individus. Le lien de passion s’est affaibli », déplore-t-il. Face à cette situation, la Fédération ivoirienne de football (FIF) a décidé de repositionner certains clubs dans leur région d’origine à l’orée de la saison 2024-2025.

Tant que les tribunes resteront vides, la Ligue 1 continuera de tourner à vide, malgré des stades flambants neufs. La balle est désormais dans le camp des dirigeants, des clubs, des collectivités et des passionnés.

 

Une orientation qui vise à restaurer l’identité locale des équipes et à ressusciter l’engouement populaire. Ainsi, le Club Omnisports de Korhogo (COK) et l’AS Denguelé jouent désormais leurs matchs au stade Amadou Gon Coulibaly de Korhogo, la SOA et Mouna FC à Yamoussoukro, Bouaké FC à Bouaké, et US San Pedro FC avec Lys Sassandra au stade Laurent Pokou de San Pedro.

Les formations abidjanaises, quant à elles, sont cantonnées aux stades Champroux de Marcory et Félix Houphouët-Boigny du Plateau. Malgré cette tentative de décentralisation, les chiffres restent peu engageants : difficile pour les clubs majeurs d’écouler plus de 2 000 à 2 600 tickets par match. Seules quelques équipes, comme le COK ou Bouaké FC, parviennent ponctuellement à mobiliser entre 2 000 et 3 000 supporters pour certaines rencontres.

Relancer l’adhésion populaire par les émotions 

Le mal dont souffre le football ivoirien est à la fois structurel et émotionnel. À Abidjan, les matchs de l’Asec Mimosas se jouent dans les gradins d’un chantier, en attendant la construction du futur stade du club. Cette image symbolise à elle seule le désert affectif autour du championnat national. Or, sans supporters, le football perd son âme et sa vitalité.

Pour inverser cette tendance, il est urgent d’engager un plan d’action structuré axé sur le retour de la ferveur populaire. Cela passe par :

  • La création de Fan Zones durant les journées de championnat, animées et festives ;
  • La distribution de gadgets, t-shirts ou drapeaux aux couleurs des clubs pour créer un sentiment d’appartenance ;
  • La structuration d’associations de supporters capables de porter les valeurs du club et d’en assurer la visibilité, aussi bien localement qu’au niveau national ;
  • L’investissement dans les centres de formation, pour créer une filiation affective entre les jeunes joueurs et leurs clubs d’origine, et éviter les départs précoces vers l’Europe ;
  • La mise en valeur des talents locaux, véritables aimants à passion et à public.

 

 

Les légendes du passé comme modèle de réinspiration

Le passé du football ivoirien regorge d’exemples inspirants. Des noms comme Laurent Pokou, Bazo Christophe, Gnaoré Bernard, Aboulaye Traoré, Youssouf Fofana, feu Sékou Bamba ou encore Gbizié Léon, faisaient se déplacer les foules. Leurs prouesses ont façonné des générations de passionnés.

L’ère actuelle manque cruellement de figures charismatiques capables de fédérer une communauté autour d’un maillot, d’un club, d’un rêve. La reconquête des stades passe donc par la mise en valeur de ces figures tutélaires, mais surtout par la production de nouveaux héros locaux. C’est par eux que reviendront les chants, les couleurs, les cris de joie et les souvenirs dans les tribunes. C’est aussi par eux que se jouera l’avenir économique du football ivoirien.

 

Le public, pilier du renouveau

La Fédération a un rôle essentiel dans l’organisation et la modernisation du championnat, mais la revitalisation des stades est d’abord une affaire de cœur, de culture, de proximité. Le public ne s’achète pas, il se gagne par la passion, la fidélité et l’identification.

Mamadou Dia (Ptd de Lys Sassandra FC) dénonce : « L’arbitrage est la plaie du football ivoirien »

Tant que les tribunes resteront vides, la Ligue 1 continuera de tourner à vide, malgré des stades flambants neufs. La balle est désormais dans le camp des dirigeants, des clubs, des collectivités et des passionnés. Pour que le football ivoirien retrouve ses lettres de noblesse, il doit avant tout redevenir une affaire populaire.

Othniel KOUASSI

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