Le 22 janvier est une date à jamais gravée dans l’histoire du football ivoirien. Une date lourde, douloureuse, presque maudite. Ce soir-là, au stade Alassane Ouattara d’Ebimpé, la Côte d’Ivoire, pays hôte de la CAN 2023, va vivre l’une des plus grandes humiliations de son histoire… avant de renaître contre toute logique.
Tout semblait pourtant sous contrôle. Après une victoire inaugurale face à la Guinée-Bissau et une courte défaite contre le Nigeria, les Éléphants n’avaient besoin que d’un résultat face à la Guinée équatoriale, considérée comme l’une des petites nations du tournoi. Le stade est plein, incandescent. Le peuple ivoirien est confiant. Trop confiant.
Jean-Louis Gasset, persuadé de la supériorité de son équipe, aligne une formation résolument offensive. Sur la pelouse : Yahia Fofana, Singo, Boly, Ndicka, Konan, Seko Fofana, Sangaré, Kessié, Pépé, Kouamé et Diakité. Le décor est planté. Le scénario semble écrit d’avance. Mais le football adore briser les certitudes.
Dès les premières minutes, la Guinée équatoriale joue sans complexe. Elle presse, elle ose, elle frappe. Les Ivoiriens dominent, mais manquent l’essentiel : l’efficacité. Pépé, Kouamé… les occasions s’envolent, le public gronde doucement.
Puis arrive la 42e minute. Comme un coup de poignard. Emilio Nsue surgit et frappe. 1-0. Silence glacial à Ebimpé. Les regards se figent. L’inquiétude s’installe, mais l’espoir demeure. Il reste une mi-temps.
Au retour des vestiaires, la Côte d’Ivoire pousse. Encore. Toujours. Mais le ballon refuse d’entrer. Et le temps devient un ennemi. À la 73e minute, Pablo Ganet double la mise. 2-0. La panique gagne les tribunes. Puis l’impensable. 75e minute, Nsue encore. 3-0. Le stade bascule dans l’irréel.
Les supporters crient. Certains pleurent. D’autres insultent. Sur le banc, Gasset est abasourdi. Le spectre de 1984, une élimination au premier tour à domicile, ressurgit. Et comme pour achever le cauchemar, Jannick Buyla inscrit le quatrième but à la 88e minute. 4-0. Humiliation totale.
Coup de sifflet final. Des joueurs effondrés, en larmes sur la pelouse. Des tribunes en colère. À l’extérieur du stade, le chaos. Bus incendiés, affrontements, une nation sous le choc. Le géant ivoirien est à terre.
Quelques heures plus tard, Jean-Louis Gasset annonce son départ. Il assume. Tout semble fini.
Et pourtant…
Le football réserve parfois des miracles. Grâce à une victoire folle du Mozambique contre le Ghana (3-2), une lueur renaît. La Côte d’Ivoire peut encore espérer une qualification parmi les meilleurs troisièmes. Il faut attendre. Trembler. Prier.
Le dernier match oppose le Maroc à la Zambie. Une victoire marocaine qualifierait les Éléphants. Le souhait devient réalité. La Côte d’Ivoire est repêchée.
La suite appartient à l’histoire. Quelques semaines plus tard, le pays entier célèbre un titre continental à domicile, arraché après être passé à un souffle de l’élimination. Une troisième étoile pour la Côte d’Ivoire et peut-être la plus belle.
Mondial 2026 : l’incertitude plane sur la venue des supporters ivoiriens malgré le lancement du « pass FIFA »
Un scénario impossible. Une chute vertigineuse suivie d’une résurrection totale.
Le 22 janvier 2024 restera comme la nuit la plus sombre… et le point de départ du plus grand miracle du football africain.