L’histoire récente du football africain parle d’elle-même. Les quatre dernières éditions de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) ont été remportées par des sélectionneurs africains, anciens internationaux de leur pays. Un signal fort, presque un plaidoyer en faveur d’un choix longtemps marginalisé.
En 2019, Djamel Belmadi conduit l’Algérie au sommet. En 2021, Aliou Cissé offre au Sénégal sa première étoile. En 2023, Emerse Faé réalise l’exploit avec la Côte d’Ivoire. Et lors de la dernière CAN, remportée à nouveau par le Sénégal, c’est Pape Thiaw, enfant du pays, qui était aux commandes. Quatre sacres, quatre techniciens locaux, quatre démonstrations de compétence.
Pendant longtemps, les fédérations africaines se sont lancées dans une course effrénée aux sélectionneurs expatriés, souvent recrutés à prix d’or, avec l’espoir de résultats immédiats. Une stratégie coûteuse qui, dans bien des cas, n’a pas tenu ses promesses. Aujourd’hui, cette époque semble progressivement toucher à sa fin. Car sur le terrain, les faits sont têtus : les sélectionneurs africains réussissent.
Donner les moyens, la confiance et le temps aux techniciens locaux n’est plus un pari risqué, mais une option crédible et efficace. Les nôtres ont démontré qu’ils pouvaient largement faire le travail.
Le Maroc de Walid Regragui, symbole d’une Afrique qui s’affirme
La Coupe du monde 2022 au Qatar a marqué un tournant historique. Sacrée Argentine de Lionel Messi, certes, mais surtout un invité surprise dans le dernier carré : le Maroc de Walid Regragui. Aux côtés de la France, de l’Argentine et de la Croatie, les Lions de l’Atlas ont hissé l’Afrique à un niveau jamais atteint.
Quatrième sur 32 nations, le Maroc a prouvé que l’Afrique dispose de ressources humaines capables de rivaliser avec les meilleures équipes du monde, à condition d’une politique sportive rigoureuse, cohérente et durable. Cette performance a renforcé l’idée que les sélectionneurs locaux sont un levier essentiel du développement du football africain.
Le patriotisme, un atout majeur des sélectionneurs africains
Faire confiance aux techniciens locaux, c’est aussi renforcer l’identité nationale. Ces entraîneurs connaissent la psychologie des joueurs, les réalités du vestiaire, le vivier local et le contexte socio-culturel. Ils incarnent une continuité, favorisent la cohésion et insufflent un supplément d’âme souvent décisif dans les grandes compétitions.
Réduire la dépendance à l’expertise étrangère ne signifie pas se fermer au monde, mais valoriser un savoir-faire local qui a longtemps été sous-estimé.
CAN Maroc : la montée en puissance des sélectionneurs locaux
La 35ᵉ édition de la CAN a confirmé cette tendance. Au moins 13 sélections ont opté pour des sélectionneurs africains ou anciens joueurs nationaux :
Maroc, Côte d’Ivoire, Sénégal, Égypte, Zambie, Nigeria, Tunisie, Burkina Faso, Cameroun, Gabon, Soudan, Guinée équatoriale, Mozambique, Botswana.
Une représentation majoritaire face aux techniciens expatriés. Et les résultats ont suivi. Sur les huit équipes qualifiées pour les quarts de finale, une seule était dirigée par un expatrié : le Mali, entraîné par le Belge Tom Saintfiet. La suite de la compétition, conclue par la victoire du Sénégal, a une nouvelle fois démontré que le potentiel africain est bien réel.
Quel cap pour l’avenir ?
Le prochain grand rendez-vous du football mondial arrive en juin, avec la perspective de voir jusqu’à dix nations africaines en lice, portées pour beaucoup par des sélectionneurs locaux.
Les regards sont désormais tournés vers les fédérations africaines. Faut-il persister dans cette dynamique et faire définitivement confiance aux techniciens locaux ?
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Les résultats récents, l’histoire immédiate et l’évolution du football africain semblent déjà apporter une réponse claire. L’Afrique n’a plus à chercher ailleurs ce qu’elle possède déjà.
Parfait Tsé